mercredi 8 août 2012

Dans la lune

 1 mesure de beurre fondu
 3 mesures de farine
 1 jatte
 de l'eau de fleur d'oranger & de l'eau de cassis
la vanille en attente
 sablage de la farine avec le beurre
 c'est une affaire qui roule
 ajouter l'eau au fur et à mesure jusqu'à obtenir une pâte assez souple mais qui ne colle pas
 crunch de muffin
 autre jatte
 3 mesures de noix & noisettes mixées
 grattage d'1/2 gousse de vanille
 1 mesure de sucre de canne roux mais pas dans la jatte
je n'ai plus de sucre glace
je ne fais pas d'amaretti ni de meringue à l'italienne
mais je vais me faire un plaisir de travailler mon sucre tout comme
en pensant à la nougatine d'ici, avec de la cacahuète (genre de turron)

donc
de l'eau froide
 la mesure de sucre dans une petite casserole à feu doux
avec un peu d'eau(x)

 ça fait des bulles, je n'hésite pas à saisir la casserole et à donner un léger coup tournoyant 

 il faut que ça fonde, sans colorer, et que lorsqu'on trempe son couteau (pas le doigt malheur!) dedans, un passage dans l'eau froide, et en saisissant, ça colle joyeusement entre les doigts
 entre le sirop et le caramel
ça se roule un peu tout en collant quand même
 j'avais encore du sucre sur les doigts et j'étais un peu speed
c'est à dire qu'en cuisson sirop -> caramel, je suis toujours un peu flippée
là, ça va quand même
et puis j'ai l'habitude de faire les pâtisseries orientales avec du sucre glace
là, je fais de la voltige un peu
équilibriste...
 donc
ajouter dans le mélange de poudre (grossière, j'aime quand ça croque encore) de noix
 ça s'amalgame bien, c'est sucré, mais pas trop
j'ai bien hésité à ajouter une mesure de sucre
question de goût
 étaler la pâte, 3-5 mm je dirais
et jouer du cercle emporte-pièce
 ensuite il faut saisir la farce
forcément si les noix, amandes, noisettes ou autres sont vraiment en poudre, c'est plus facile
là, il faut serrer plus que rouler entre ses doigts (1 mesure de sucre supplémentaire et rouler aurait été suffisant je pense)
 3 petites branches
 relevage des bords du cercle vers le centre
 pincage sur le dessus, les côtés, les pointes
 tourner, enrouler
 ça fait ça en gros




je pourrais remplir la plaque, mais il est tard, et j'ai d'autres choses en tête


 je ramasses les restes de pâte et de farce ensemble
je re mélange

j'étale de nouveau et emporte pièce coeur


coeur boussole mandala
ça sonne juste à mes yeux de jeune femme aux seins bandés
mon grand père aime dire que les filles de la famille sont indo-portugaises
moi j'aime faire sonner Dina Morgabim, England Forest, Pearl Island
comme j'ai senti mon île et moi mise sur le bord du monde quand au cours de mes études ont a osé me dire "mais La Réunion, y'a aucun dépaysement" ou encore "t'es blanche" comme s'il n'y avait que deux cultures mêlées ici
et 3 bouquins seulement sur l'histoire de l'île dans une grande librairie publique de renom...
de toutes les façons, je suis toujours soit trop blanche soit trop noire, soit on ne sait pas ou on refuse comprendre tout simplement
J'aime autant dire que je suis une sauvage qui a toujours aimé être aux pieds des sugis
Mais ça, il faut le temps de vivre et d'écouter pour le comprendre
Pour comprendre le cygne noir que je suis, le cri blessant, le verbe et le silence, le tracé et l'assise
J'ai cessé de fêter mes anniversaires quand j'ai cessé de danser
Quand on allait plus au Maïdo
Les cryptomérias immenses
Ma route, mes souvenirs, et mon père qui m'a déjà dit "on va te jeter au volcan"


je continues de retourner à la poussière

je ramasse encore les restes ensemble

crumble
j'ai toujours aimé faire un crumble


 1/2 mesure de sucre de canne roux en plus













L'enfant de sable

Le Jasmin du jardin attend de bourgeonner, j'ai reçu l'essence depuis l'Egypte aujourd'hui
J'attends encore la nuit sacrée, j'y pense
J'y pense toujours à La Nuit Sacrée, à l'Enfant de Sable, de Tahar Ben Jelloun
Les livres qui m'ont manqué à l’hôpital
Bachelard aussi

J'ai bien des mots qui me viennent
Des mots, des traces, une nuit qui disparaît dans le petit matin
Un élan de vie qui glisse sur le végétal
L'encre de la nuit

Ce soir je suis dans un brouillard particulier
Ma mémoire me ramène à la maison que je n'ai jamais quitté

La Plaine Des Cafres, dans les hauteurs
Le loup qui me regardait entre les troncs
Ma candeur enfantine, mes mains qui saisissent les petites fraises des bois
La sensation d'immensité qui ne m'a jamais quitté 
Le pommier minuscule et le prunier

Le plaisir que j'ai ce soir à sentir l'essence du bois de cryptoméria en pensant encore au cèdre du Liban 
L'eau de cassis que j'ai envie de mêler à l'eau de fleur d'oranger
Le goût nouveau, le souvenir neuf de la crème de marron dans l'odeur humide du bois des portes immenses, de la pierre vieille, sous les regards de la forêt
Le souvenir du souffle
Ce que le bois parle, ce que la pierre vibre
La présence de la forêt que j'ai toujours eu peur de quitter 

Amarretti 
Sans amertume, la julietta
Sans amertume, le fruit sur la branche tremblante 
Sans amertume la petite fille prête à s'enfuir dans la forêt

eaux mêlées de fleur d'oranger et de cassis
Avec du sucre de canne roux

Du sable

Entre les pâtisseries orientales et les amaretti
Le souvenir des biscuits à la cuillère 

Des noisettes et des noix sous la main

C'est ma petitesse bien trop consciente du monde qui m'entourait que je vais tenir dans les mains encore dans la cuisine
Le temps et le labeur que ça serait de délivrer ça, tout ce qui fait qui je suis, en profondeur
Là où ça tinte limpide, aussi clair que le matin qui s'étire doucement dans les gouttes de rosée
D'un seul jet
Ca n'est pas pour ce soir
Je suis trop secrète pour ça
Ca, ça n'appartient qu'à moi, c'est ce qui me fait

On peut à peine deviner mes jeunes yeux grands ouverts, dans la lumière mousseuse
Ma robe à smocks et mes ballerines
Mes petites mains qui jouent dans les brins d'herbe
Mon silence
L'enroulement de mes bras autour des troncs superbes
Ma douleur à chaque Noël, parce que j'ai toujours préféré la forêt à nos sapins péi
Ma forêt...

Noël et les yeux fermés

L'Amour en Relief posé sur l'étagère saisi trop jeune
L'Enfant de Sable ensuite, comme un miracle entre mes mains pour m'ouvrir les yeux à nouveau
Entre les deux, Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée

Les lectures crues et violentes auxquelles je n'aurai pas dû avoir accès, comme ce pan de mon histoire qui n'aurait jamais dû être écrite

L'Enfant de Sable entre mes mains tremblantes

Je suis toujours jeune, j'ai toujours été vieille
J'ai les yeux fermés
J'ai les seins bandés
Je n'ai jamais quitté ma forêt
Je n'ai jamais quitté le désert  

Je ne délivre rien ce soir
Je ne sais même pas si je partage vraiment
Je suis dans ma forêt
Je suis dans le désert
Je vais dans la cuisine

Arayech