mercredi 8 août 2012

L'enfant de sable

Le Jasmin du jardin attend de bourgeonner, j'ai reçu l'essence depuis l'Egypte aujourd'hui
J'attends encore la nuit sacrée, j'y pense
J'y pense toujours à La Nuit Sacrée, à l'Enfant de Sable, de Tahar Ben Jelloun
Les livres qui m'ont manqué à l’hôpital
Bachelard aussi

J'ai bien des mots qui me viennent
Des mots, des traces, une nuit qui disparaît dans le petit matin
Un élan de vie qui glisse sur le végétal
L'encre de la nuit

Ce soir je suis dans un brouillard particulier
Ma mémoire me ramène à la maison que je n'ai jamais quitté

La Plaine Des Cafres, dans les hauteurs
Le loup qui me regardait entre les troncs
Ma candeur enfantine, mes mains qui saisissent les petites fraises des bois
La sensation d'immensité qui ne m'a jamais quitté 
Le pommier minuscule et le prunier

Le plaisir que j'ai ce soir à sentir l'essence du bois de cryptoméria en pensant encore au cèdre du Liban 
L'eau de cassis que j'ai envie de mêler à l'eau de fleur d'oranger
Le goût nouveau, le souvenir neuf de la crème de marron dans l'odeur humide du bois des portes immenses, de la pierre vieille, sous les regards de la forêt
Le souvenir du souffle
Ce que le bois parle, ce que la pierre vibre
La présence de la forêt que j'ai toujours eu peur de quitter 

Amarretti 
Sans amertume, la julietta
Sans amertume, le fruit sur la branche tremblante 
Sans amertume la petite fille prête à s'enfuir dans la forêt

eaux mêlées de fleur d'oranger et de cassis
Avec du sucre de canne roux

Du sable

Entre les pâtisseries orientales et les amaretti
Le souvenir des biscuits à la cuillère 

Des noisettes et des noix sous la main

C'est ma petitesse bien trop consciente du monde qui m'entourait que je vais tenir dans les mains encore dans la cuisine
Le temps et le labeur que ça serait de délivrer ça, tout ce qui fait qui je suis, en profondeur
Là où ça tinte limpide, aussi clair que le matin qui s'étire doucement dans les gouttes de rosée
D'un seul jet
Ca n'est pas pour ce soir
Je suis trop secrète pour ça
Ca, ça n'appartient qu'à moi, c'est ce qui me fait

On peut à peine deviner mes jeunes yeux grands ouverts, dans la lumière mousseuse
Ma robe à smocks et mes ballerines
Mes petites mains qui jouent dans les brins d'herbe
Mon silence
L'enroulement de mes bras autour des troncs superbes
Ma douleur à chaque Noël, parce que j'ai toujours préféré la forêt à nos sapins péi
Ma forêt...

Noël et les yeux fermés

L'Amour en Relief posé sur l'étagère saisi trop jeune
L'Enfant de Sable ensuite, comme un miracle entre mes mains pour m'ouvrir les yeux à nouveau
Entre les deux, Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée

Les lectures crues et violentes auxquelles je n'aurai pas dû avoir accès, comme ce pan de mon histoire qui n'aurait jamais dû être écrite

L'Enfant de Sable entre mes mains tremblantes

Je suis toujours jeune, j'ai toujours été vieille
J'ai les yeux fermés
J'ai les seins bandés
Je n'ai jamais quitté ma forêt
Je n'ai jamais quitté le désert  

Je ne délivre rien ce soir
Je ne sais même pas si je partage vraiment
Je suis dans ma forêt
Je suis dans le désert
Je vais dans la cuisine

Arayech











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