C'est là, assise derrière le portable de ma petite soeur, un tableau décroché du mur sur la table, une de mes croûtes que j'ai envie de gratter et de soigner, que j'écris
Ce machin, je ne voulais absolument pas le montrer
C'est le machin que j'ai montré ces derniers jours
Avec le sable
La délivrance et la rage canalysée
Une tâche
Un point pour la mémoire en attendant d'être sereine et d'avoir la technique qu'il faut
Je l'ai pensé comme ça à l'époque, je m'en souviens parfaitement
Ma mère a voulu l'avoir, ma mère a un sacré problème pour respecter mes limites
Je suis partie pour les études, c'est resté ici
Elle se l'ai accaparé
Sale contexte
Un pantalon bleu thaï posé sur la chaise en face de moi
Achetée ici
Un sachet de teinture rouge
Demain je le passe au violet pour ma mère
Je reprends ma croûte
Elle veut que je lui laisse, elle me parle de son éléphant
Ne pas péter un cable...
Et s'il n'y avait que ça
En toile de fond, sa belle soeur qui rentre de Thaïlande
Ma tante avec qui je faisais des colliers sur la plage
Et dire que j'ai les perles en main
Que je rêve d'Amérique du Sud
Et qu'elle a marché sacrément sur ce territoire...
Je frémis, je jubile, c'est la bombe dans la maison, faut gérer
Jusqu'à l'île de Paques
Jusqu'aux sommets...
Tiago en tête
La dernière fois que je l'ai vu, c'était quand j'ai pris l'avion l'année dernière
Mes valises, ma fille, sous la pluie, j'attendais le bus
Elle voulait m'amener à l'aéroport
Elle est hôtesse de l'air
Si c'est pas drôle la vie
Je la vois dimanche
La bombe dans la baraque
Résultat ce soir, j'ai sorti une Despe, j'ai déjà bu une Dodo Métiss tout à l'heure, et je sirote le fameux punch Passion de ma mère
Je vais pas boire plus, ça me soulève déjà
Reste que j'ai pu nager et faire un tour de vélo tout à l'heure...
Ca va
Demain faut que j'aille rejeter tout ça dans l'océan
Je vais faire des bulles
En attendant, j'essaye de la préserver ma bulle
Et là, tout de suite, j'ai des envies d'éclater la gueule à quelques pétasses
Mais sévère!
Sauf que je suis une lady moi, même sauvage
Et que je ne me salis pas les mains comme ça
Pas pour des vers de terre
Je préfère encore penser à un crocodile, un anaconda et à des milliards de papillons
Je disais donc, la femme
Autre bout de tissu à teinter
J'ai prévu ça hier déjà
Mais là, c'est juste tout pile ce qu'il faut
Je sépare ma mère de moi...
Une robe, blanc cassé, motifs végétaux marron verts
Très légère, un peu de crochet dans le haut
Quand je pense à moi là dedans l'année dernière
Heureusement que j'ai pris du poids
Et je savoure encore d'abord le caramel au beurre salé, ensuite toutes les pâtes travaillées où j'ai du évacuer ma colère et ma peine, et les frites bruxelloises
On a la patate ou on l'a pas
Et là, les patates, au moins psychologique, elles vont partir...
Donc ma robe
Teinture Kaki
J'aime pas la transparence intégrale
Même avec le maillot de bains sur la plage
D'ailleurs j'aime pas porter de dessous de dentelle machin guépière et soit disant grand jeu
Moi je suis la nana en shorty les 3 quart du temps
Les seins libres
Et je vous merde!
Je vomis sur les provocatrices qui en rajoutent
Et les mâles qui courent la langue pendante...
Je dis pas, ça peut être bien, mais la surenchère et la manipulation
Non merci
Il y a de beaux objets qui sont appréciables en tant que beaux objets
Moi ça me suffit
Je n'aime ni l'homme objet ni la femme objet
Et d'ailleurs, tant que j'y suis, les sex toys n'ont plus je n'aime pas ça
On pourrait dire, t'as pas essayé tu peux pas savoir
D'accord, alors d'avance, j'aime pas
Toutes les expèriences ne sont pas bonnes à faire
On peut s'en rendre compte après
Bon
Moi j'aime autant ne pas faire certaines expériences
La théorie me suffit largement
Que les autres face leurs expériences, je fais la mienne
Débat?
Hypothèse
Est ce que certaines femmes à notre époque ne sont pas prises au piège de la séduction forcée - dans la surenchère - par le poids de l'histoire, en s'auto persuadant qu'elles sont en position de force, alors qu'en fait, elles ne se respectent pas, ne sont que des moitiés de nanas, et encore, et sont juste à la merci des hommes qui aiment bien opiner du chef et faire les imbéciles comme si ils n'étaient pas responsables?
Hypothèse
Est ce que certains hommes à notre époque ne sont pas pris au piège de la séduction forcée - dans la surenchère - par le poids de l'histoire, en s'auto persuadant qu'ils sont en position de force, alors qu'en fait, ils ne se respectent pas, ne sont que des moitiés d'hommes, et encore, et sont à la merci des femmes qui aiment bien opiner du chef et faire les imbéciles comme si elles n'étaient pas responsables?
Côté femme, j'ai vu de tout
Je parlerai avec plaisir des femmes, des vraies
Mais j'ai la dent acérée ce soir
Et j'aime à repenser à ce petit temps de repos très sain, sans rien à faire qu'à m'occuper de moi, où j'ai eu la sensation d'être à l'hôtel en grande conversation sur mon équilibre et celui du monde
Je suis heureuse de dire que j'ai accepté avec grand plaisir d'aller à l'hopital, que j'ai fait mon sac à moitié prêt, que j'ai moi même retiré les objets coupants de ma trousse et que j'ai voulu m'assurer que ma fille était en sécurité
C'est bien tout le problème
petite femme
J'ai malheureusement des choses à prouver
C'est tout le problème avec la justice
Que Dieu me préserve!
Et pas que moi...
Donc, les femmes.
Je pars là du noyau familial
Comment faire autrement?
Je ne suis qu'un sujet, je tends à l'objectivité autant que possible, mais ma foi, je suis émotions, je suis sensations, réflexions et tellement de générations avant et après moi
Femme
Tout le sujet de ma recherche
Je ne suis plus à Paris 1, Saint Charles me manque parfois, question de nourriture intellectuelle, mais j'aime faire mon expérience
Le manque de dialogue est terrible
L'échange nécessaire
Mais enfin, j'espère avoir gardé le meilleur de ce que j'ai pu y trouver
J'ai préféré donner la vie
J'ai failli faire une fausse couche tellement on m'a fait supporté d'horreur
Ma grossesse a été un terrain miné
Il y a encore des bombes partout
Ma fille et moi sommes entières
Mais on est encore en temps de guerre
Et quelle guerre...
Femme
Ma fille, c'est ma fragilité et ma force
Ma fille, c'est mon idéal et ma quête d'idéal
Ma fille, c'est sentir, savoir, et trop bien comprendre l'horreur possible du monde dehors
Délivrance, donner la vie
La vie j'ai voulu la donner, pas pour qu'on nous la prenne
J'ai donné la vie pour la perpétuer
Pour la lutte fondamentale, la puissance de l’existence vibrante et surpassant de loin tout ce qui est vivant et qui l'a été, et qui le sera
La puissance de la mère
Femme
Je n'ai cessé de vomir le monde ambiant
Je n'ai cessé de me battre pour tenter de dresser des remparts autour de ma fille
Et je cherche encore
Où sont les femmes?
Où sont les hommes?
J'ai vu trop de monstres
Et j'ai vu ma force grandir
J'ai vu ma fille grandir
J'ai voulu tuer pour elle
J'ai encore la rage au ventre
Le poing qui démange
Les dents qui se serrent
Je suis mère
Je dois être la rage et la douceur
Comment être la rage et la douceur face aux monstres, pour protéger l'enfant?
Qu'on me juge
Je n'attends pas mieux
Moi je sais ce que j'ai fait
Je sais de quoi je suis responsable
Je suis une bonne mère, je peux l'affirmer
Je sais ma fragilité, ma peur, mes traumatismes, mes craintes immenses, la vie tout aussi immense qui déborde en moi et ma colère aussi terrible que mon amour
Les autres autour, leur inconscience, leur perversité, leur facilité à se dérober, leur hypocrisie, leurs mensonges...
Le poison et la maladie
Ma rage grandit
Ma rage, c'est ma fille
Et je prends dans mes bras la petite Tara
Je crois en elle
Je crois en l'amour que je lui porte et à la force qui nous a mis au monde
De génération en génération
Je crois à nos pas, et je crois à la route
Qui marche avec nous?
Qui nous barre la route?
Combien de fois on a tenté de nous faire tomber?
Je regarde la petite femme, je sens sa force, je la projette
Plus forte que moi
Elle l'est déjà
Et je ne la vois que comme ça
Plus que moi
Au delà de moi
A perte de vue
Qui marche avec nous?
Qui nous barre la route?
Femme
Une grossesse seule à lui communiquer tout mon amour
A penser l'avenir dans le moindre recoin
A vouloir balayer de toutes mes forces l'horreur, ce qui fait mal
A vouloir la protéger de tout
D'absolument tout
La délivrance... apprendre à mettre au monde
Lui donner sa place
Savoir que tout ne dépend pas de moi
Surtout, lui donner mon amour, mon temps, et les armes
Plus que tout, lui donner les armes
Je contemple la femme
Petite Tara
J'ai hésité quand elle était dans mes bras
Et quelque chose me disait que dehors, on allait devoir se battre très fort toutes les deux
Immensément
J'ai choisi Tara, de tout mon coeur, de toute mon âme
Pour ne jamais perdre de vue que quoi qu'il arrive, je dois respecter ma fille en tant que personne, même tout juste sortie de mon ventre
Ne jamais perdre de vue que quoi qu'il arrive, je me dois d'être patiente, aussi calme et sereine que possible, pour avoir la force pour elle
Sans jamais oublier le monde autour
Lui donner les armes et la préserver
Combien de batailles depuis sa venue au monde?
Combien de dégâts, de saccages, combien de douleur à cause du monde?
J'étais seule les premiers mois, et tout allé parfaitement bien
Je n'avais besoin de personne pour m'occuper de ma fille
Me réveiller toutes les 3 heures ne me faisaient rien d'autre que me remplir d'amour
Descendre et monter 5 étages c'était un combat, c'était douleur et souffrance
Mais parce que dehors, l'inconscience à tous les coins de rue
Et les corbeaux nous ont couverts de leurs ailes noires
Je n'avais peur de rien tant j'étais sûre de ma fille
J'avais peur de tout, tant j'aime ma fille et le monde que je souhaite
Je ne voulais absolument pas d'homme dans ma vie sans être sûre
Aucun besoin particulier que d'être rassurée peut être par la présence d'autres mères, d'autres enfants
Aussi sûres que je l'étais
Merci Les Cigognes
Les débats, les situations, les enfants surtout
La venue au monde et l'espoir
Combien je vomis encore le ramassis de monstres
Combien je refuse de leur donner de la place dans la peur et la colère
Combien nécessaire de préserver la fille, la femme et la mère
J'ai vomi, j'ai vomi toute leur horreur
Mon coeur ne battait plus que pour ma fille
Je mourrais de douleur
Combien de coups de couteau dans le dos?
Combien de masques j'ai fait tombé?
Et combien de fois insister pour monter dans l'horreur?
Oui, je sais être très sereine
Oui, je suis déchirée intérieurement parce que porte une souffrance incommensurable en même temps qu'un bonheur infini puisque la vie
Non, je réagis rarement aux provocations
Je suis plus subtile que ça
Et j'aime à dire maintenant que la plupart des provocateurs ne m'apparaissent que comme des personnes à soigner
Ca n'est pas mon métier
Je dois préserver ma fille et moi d'abord
J'ai donné beaucoup pour les autres
Qui marche avec nous?
Non, quand je donne, je n'attends pas qu'on me couvre de compliments, de remerciements ou de je ne sais quoi
Je rougis, je suis mal à l'aise quand on me fait un compliment
J'aimerai souvent être... normale juste
Oui, je cherche toujours à comprendre ce qui m'entoure, ceux qui m'entourent, à trouver ma juste place, à évaluer la situation, à globaliser et à tenter d'être objective
Mais j'ai ma place de sujet
Et... doublement quelque part depuis que je suis mère
Et même plus nombreuse que ça, vue le nombre d'humains sur terre
Qui marche avec nous?
Dans quel sens?
Alors... Femme
Femme épuisée mais forte en même temps
Femme à bout de souffle mais la rage au ventre
J'y crois encore
Parce que c'est bien la seule chose qu'on voudrait me prendre
Et c'est bien la seule chose qu'on voudrait m'enlever
J'y crois encore
Je prends la mesure
Je vois le gouffre
Tout ce qui se précipite à l'intérieur
Ceux qui sont au bord
Ceux qui courent pour sauter
Ceux qui se rattrapent comme ils peuvent
Ceux qui montent sur les autres sans se soucier de qui ils écrasent
Combien nombreux
Combien forts les bras qui se tiennent ensemble
Autour du gouffre
Pour ne pas que le monde s'effondre
Je parle à la poussière
Qui peut me juger et pour quoi au juste?
Femme?
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