Dans la cour de l'école, j'aimais jouer à chat en grimpant sur les racines.
J'étais scotchée au badamier souvent.
J'adorai manger les fruits tombés au sol.
Jusqu'à gratter tout ce qu'il y a autour de la coque, en suçotant l'acidité après la chair tendre autour.
J’appréciais la différence de texture.
La chair fondante, fine, précieuse.
Cette couleur mêlée au blanc qui a toujours été ma couleur préféré.
A chercher le pourpre, le violine, le rouge.
Comme avec les goyaviers.
Le plaisir en cherchant les galets pour casser la coque et déguster l'amande.
Un souvenir de rose aux joues en voyant les garçons vouloir faire ça pour moi.
J'ai toujours eu peur qu'on prenne soin de moi.
J'en ai récupéré hier en amenant les filles jouer au parc.
Et c'était drôle de voir leurs têtes intriguées, le regard interrogatif, comment ça se fait, manger un fruit tombé au sol, ramasser des fruits tous secs.
Meilleur que tout.
Ca me ramène à mes samedi, dimanche, dans l'eau de Boucan Canot.
Le regard de marraine qui veille.
Parfois une pince à épiler/une aiguille à la main, pour chercher les tous petits coquillages.
Mon corps complétement mêlé à l'océan, tout juste les pieds sur le sable.
Ma première petite board. Rose/Jaune/Violet
Le goût de sel, les cristaux qui apparaissent sur le corps à l'heure du déjeuner, et la saveur de l'eau claire, potable, douce, le sucre, l'illusion de sucre, délicieux.
La première méchante tasse, en ayant pris une vague... sous l'eau
Jusqu'au dernier tourbillon au bord de l'eau
Recrachée par l'océan
En respirant à pleins poumons
Comme si c'était trop dur de sentir l'air
Le souvenir des cercles de surfeurs, pour la mémoire de ceux qui sont rester dans l'océan
Les roses
Le corps recroquevillé sous l'eau, en laissant les courants m'emporter, en écoutant les conversations des grains de sable
Les amoureux...
Et la raie sous mon ventre aux Roches Noires
La tortue albinos à Saint Leu
Les dauphins entre Nosy Be et Tanikely
Les baleines à bosses
Je suis encore baignée par ce rêve, il y a une semaine et des poussières
Dans les eaux limpides et claires
Un orque qui sort hors de l'eau
Une raie immense
Un dragon blanc
Mes jambes dans l'eau
Appeler l'un de mes oncles surfeur, en lui disant "emmène moi surfer"
Les jambes dans l'eau de mon enfance
Sentant un autre bord...
Un autre sable
Un an que les requins sont un problème pour les réunionnais
Un an que c'est la guerre entre la Science, le budget, les profiteurs, les insouciants, les protecteurs de la nature, les surfeurs, les baigneurs, les touristes
Et juste la Nature qui reprend ses droits
Souvent je pense à l'impact du réchauffement climatique ici
A ce qu'on est dans la trajectoire dès qu'il y a un tsunami ou un tremblement côté Asie
Ici, on est l'écume
Les animaux marins commencent à se perdre depuis le Pôle Sud
Des poissons jamais vus remontent du fond de l'Océan quand le volcan se réveille
Ma frustration de ne pas avoir fait biologie marine
Mais un jour, j'y pense, c'est toujours possible
En attendant, je pense à la glace qui disparaît
A la terre qui s'éventre en flamme
Aux eaux polluées
Celles de la terre, celles du ciel
Je suffoque
J'ai mal au monde
Même si je me rappelle que tout à une fin
J'ai peur de prendre une board
Ca fait trop longtemps
Et l'année dernière, quand j'ai voulu me jeter à l'eau
Il y a eu les attaques
Alors je vais chercher dans les bassins
Dans la pluie
Dans la rosée givrée
Et je danse sur la plage
Je pense... l'eau qui manque en Afrique
Les palétuviers
Je pense...
les courants de l'Océan Indien
Le chemin à l'envers de Madagascar à l'Indonésie
Les colonies
L'oeuf de Marco Polo
Les Indiens
Las Mascarenas
Le nom Arabe, le premier
Les Hollandais
Les Anglais
Les Français
Je ne suis pas française en essence
Mais combien je tiens à l'Europe
Mor
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