Mood: Julia Stone - This Love
Elle lisait que les histoires commençaient souvent par "Il était une fois".
Elle n'aimait pas beaucoup ça.
Elle aurait aimé commencé une histoire en sachant écrire "le souffle du vent".
Elle aimait bien plus le silence que les gens.
Elle avait un goût infini pour l'encre.
Alors commencer par Il était une fois, c'était trop lui demander.
Elle n'aimait apparaître qu'à la surface des feuilles.
Dans une tenue qui la voilait, d'un bleu turquoise iridescent, sous la lumière de la Lune et des Etoiles.
Elle n'aimait apparaître qu'à la surface de l'eau où les carpes venaient tournoyer.
Une nuée de carpes qui cachait le dragon de la tour d'ivoire.
Son souffle de feu endormi dans l'eau qui baignait la tour, cerclée par des pierres de lave.
La tour d'ivoire était issue d'une défense, encore bien accrochée à un éléphant immense.
Un éléphant qui vivait dessous la terre.
Ces pattes tanguant au rythme de l'océan.
L'océan ampli de tortues marines.
Elle n'aimait pas qu'on la réveille.
Elle préférait le rythme serein des oiseaux au petit jour, savourer un thé, et descendre au jardin.
La journée pouvait alors commencer.
Il s'agissait tout d'abord de goûter le vent.
En effet, la tour d'ivoire était protégée par des centaines de remparts de cannes à sucre.Des milliers de gardiens à la peau d'ébène vivaient, cachés, entre les cannes.
Elle aimait à les saluer, et respirer à plein poumons pour se réveiller.
Une fois au jardin, il s'agissait de prendre la température.
Selon les arbres et les fleurs, surtout des orchidées. Elle boudait les roses.
Prendre la température pour entamer une journée d'études,
entre les plumes et le fil.
Il y avait une fontaine où siégeait un cygne dans la salle principale du bas de la tour d'ivoire.
Un cygne qui délivrait des plumes.
Il y avait des dames araignées qui habitaient la tour d'ivoire.
Des dames gracieuses à la patience infinie.
Il y avait une biche qui veillait de son regard doux et perçant.
Une biche qui la guidait lorsqu'elle arpentait le jardin.
Les livres étaient d'une délicieuse compagnie.
Le pourquoi elle était d'une extrême prudence avec l'encre.
Elle aimait à parcourir le monde entre les lignes d'horizons différents.
Avide d'apprendre, de comprendre, et s'interroger sans cesse sur l'au dehors.
Elle vivait à l'abri, dans une fascination quotidienne.
Il lui manquait pourtant quelque chose.
Son cœur était partagée entre la rigueur et la discipline de la tour,
où elle trouvait tout aussi bien douceur et repos,
et sa liberté, les pieds nus dans la nature sauvage.
Elle chérissait autant le cygne que la biche.
Elle écoutait aussi attentivement les araignées que le dragon.
Alors le dragon en sommeil l'a soulevé et lui a dit:
"Tu dois quitter la tour, mais tu y sera toujours.
Ne perds jamais le fil de l'eau.
Laisse le temps faire son œuvre.
Dehors, je le sais, tu sera craintive.
Mais il te faut aller à la rencontre de celui qui saurait être un bon jardinier."
C'est ainsi qu'un jour, elle a quitté son lit d'eau.
C'est ainsi qu'un jour, elle a quitté la surface des feuilles.
A chacun de ses pas, c'était autant de larmes qu'elle n'aurait su verser.
Ses larmes apparaissaient par une magie secrète dans le bassin du cygne.
Le dragon venait les déposer, une à une.
Jusqu'au jour où elle pourrait de nouveau nager.
Jusqu'au jour où le jardin pourrait être abreuvé par des mains sûres.
Alors elle est allée puiser à la source des regards.
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