On m'a dit que les pierres ne savaient pas parler.
On m'a dit la poussière n'a de souffle que lorsque le vent la transporte.
Alors j'ai marché le long des plages, j'ai arpenté les côtes rocailleuses, sauté de rochers en rochers.
J'ai cherché le souffle dans ma poitrine, j'ai cherché l'aile du vent du bout des doigts.
J'ai mis les mains dans le feu de la terre, je me suis assise, et j'ai prié.
Le ventre de ma mère était couvert de ruisseaux.
Des lits de transparence, des cristaux incandescents.
Des voiles de flammes ceignent ses reins.
Ma terre a le ventre grondant.
Son coeur est jeune, aussi jeune qu'une étoile naissante.
Sa peau a la douceur des entailles, le fracas des vagues et la patine du vent, de la pluie.
Son corps, ma terre, son corps est une mousse tremblante.
Une infinité de spores dans les fougères qui dansent.
Son corps, ma terre, est brûlant.
Une gorge assoiffée qui n'est reput que par la tempête violente, chargée d'embruns et d'orage.
Mon corps, ma terre, est une terre en larmes, dans la fureur des larmes.
Ma terre est un nid où des oiseaux sans pareil, des oiseaux aux milles couleurs, des oiseaux sombres, siègent en maîtres.
Ma terre est un Phoenix hurlant, battant un souffle sans cesse renouvelé aux quatre coins du vent.
Mon coeur est une pierre vivante, ma terre.
Et cette pierre a 100 vies, 1000, bien davantage, avant que de n'être poussière.
Mon coeur est noir, aussi noir que les flammes ardentes d'un brasier sans cesse alimenté.
Noir d'eau de nuit.
Noir de lampées de laves, en cascades sur les océans.
Ma terre...
Mon coeur est noir manteau de nuit qui descend et s’étend en constellations de glace au sommet du monde.
Mon coeur est noir et palpite à la cadence des astres qui ouvrent toujours plus grands leurs yeux d'or.
Mon sang de lave, mon sang d'étoiles.
Mon corps de poussière.
Ma mémoire dans le vent.
Mon squelette, ma terre, est d'os gelés, d'articulations de sable, de feu qui court.
Le feu qui danse.
Mon squelette, ma terre, est un tas de bois qui alimente ta flamme.
Mon squelette, ma terre, n'est que fumée au dessus des vagues.
Et ma peau boit toute l'eau qui dévale ton corps immense.
Ma peau putride dans le fond des océans.
Ma peau claire à la cime du monde, où les étoiles dansent.
Mon coeur, ma terre, a ta fureur et ta douceur.
Mon coeur est pierre qui roule, dans les chutes de la falaise, dans les scories qui s'envolent.
Mon coeur est rivières de pierreries intouchables.
Mon coeur est transparence dans le creux d'un bassin de lave où l'eau déverse au rythme des pluies, des courants de clarté, où l'eau croupie et veille autant de vies, autant d'univers, en décomposition.
Mon coeur est une pierre noire.
Une pierre incandescente.
Une pierre cachée sous des voiles de souffle, des voiles de mousse, des racines et des tourbillons.
Mon coeur est une pierre qui ricoche sur l'eau de ton corps, ma terre.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire