samedi 2 juin 2012

No Sex et Nourriture Affectivo-intellectuelle - Parle à mon corps si tu l'oses

J'ai beaucoup de vieux amants.
Tapis entre des pages jaunies, couchés sous des ratures, parcheminés, lumineux et écarlates.
J'ai beaucoup de vieux amants, couverts de poussière, incandescents.
Des toiseurs de femme sauvage, amoureux éperdus de la vierge enflammée, la danseuse aux pieds nus.
Ceux qui aiment à haïr leur propre nature incomplète, en caressant de lignes en lignes, en lampée de feux liquides, la maîtresse et l'ingénue.
Ceux qui pourchassent l'extase et s'emprisonnent dans l'idée de la flamme.
J'aime mes vieux amants.
Comment dire la quête lente, la chasse, le désir, la fugacité, l’indolence, la fumée et l'ascension éclatante.
Ils me dérobent tous mes mots pour mieux me tenir prisonnière.
Captivée.
Ils ont le goût de l'opprobre et du scandale, pour mieux anéantir leur folie meurtrière, et faire croître leur graine de génie.
Ils palabrent pour le jeu, délicats tortionnaires, pris au piège de la terrible évidence dont ils ne peuvent se faire une raison.
Ils ont Melancholia pour compagne éternelle, brûlant leurs ailes de papier à l'allure des locomotives.
Je les tiens à la ceinture, en pantalon d'homme, les petits seins nus.
Femme sans chemise.
Et les draperies.
Ils m'ont noyé par 100 fois d'Outre-tombe, je leur ai arraché ma chevelure.
J'en étais presque à renier la Mère pour le Dandy, quand ils ont détourné les courbes, et les voyelles.
Mais l'extase immatérielle sait où son siège commence.
Le privilège de porter la vie, l'éclat de la lune, et les eaux dormantes, sont le luxe qu'ils n'osent se permettre, si seulement ils avaient pu.
Je ris de leur sarcasme, m'endort dans leur chagrin qui tonne depuis le lit de l'eau.
Captivée ô combien libre.
Combien ils m'ont façonné.
Penser à leur image.
Combien j'aime mes vieux amants.
Ils m'ont appris le mot Amour, ses cadences, ses désaccords, ses tournures malignes et le galop.
La fascination à la naissance du désir, la clarté de la bougie à l'ombre du bureau d'une chambre, la délicatesse des doigts tâchées d'encre.
Je leur dois la sensitive magnifiée comprise et entendue dans la sarabande des vieux compères loufoques qui jubilent la mère qu'ils étaient.
Délivrant la fillette des plaies saignantes et du roulis incessant du temps qui s'égrainent douloureusement.
J'ai pu marcher vers la femme, contemplatifs et muets.
Rêveries de pierres, grains de sable et mécanique quantique.
Combien j'aime l'ange. Combien... mes grands maîtres!
L'usure de la pierre m'a chamboulé en éboulements lactés.
J'ai vu la femme naître.
Que de mots me sont venus.
La farouche avalant la terre, la peau écorchée, le regard dérobé.
La patiente, absorbée dans une vision de nervures et de chlorophylle.
La mendiante aux bas blancs assise sur un vieux manteau de laine grise, l'écharpe de la nuit ceignant la taille.
La solitaire emmurée derrière des remparts couverts de sang.
L'espiègle chatoyante aux flacons plein de collyre secret;
La maîtresse en dérobade, toujours agenouillée sur un escalier;
l'amante délaissée au pied de la lettre.
La sauvageonne à la dentelle.
La lady aux pieds nus.
La délicieuse infante  reniant l'albâtre pour le cuivre, vomissant l'or et les rubis, dessous les yeux plissés des fougères.
Et la fleur au pasmoisson au dessus des cascades.

La Venus aux cheveux courts, le chérubin est Armée.



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