jeudi 14 juin 2012

Du bout de sein de la demoiselle

Comment dire... n'étant plus sur les bancs ni en atelier pour étudier, et ne cherchant pas franchement à me faire voir dans un lieu - sauf en danse, c'est possible n'importe où -, je suis dans une phase de ma vie où je me sens davantage la maturité de produire des... disons des choses, avec une certaine frustration quelque part, mais pas tant que ça. Et c'est frustration parce que pas encore satisfaite.
Peut être même jamais.

Reste que je ne me cache pas dans un trou de souris (encore que), j'essaye de tenir à jour un blog.
Je m'étouffe rien qu'en y pensant.

L'espace du blog, c'est spécial.
Internet en général d'ailleurs.

Concernant mes choses, ma foi, ça dépend de la température, des nuages du quotidien plus ou moins gérables et/ou canalisables, de l'envie de faire, et de la confiance en moi.
De ce que j'ai sous la main, sacré matériel, de la fatigue et si j'ose...

J'ai choisi d'être maman dans un contexte à risques, pas de regret d'avoir mis ma fille au monde!
A plus tard Master.
Ca, au moins, je pense l'avoir bien fait.
J'y mets tout mon amour et toutes mes forces.
Comme pour le reste.
Reste... que ça nourrie les questionnements en amont, que les projections et le regard mutent, en permanence.
C'est ça grandir aussi.

Après un bain dans un certain milieu artistique à La Réunion puis à Bruxelles, depuis un an, je suis dans une dynamique particulière.

Qu'il y ait des yeux et des pensées sur ce que je fais ou pas, j'essaye de me dire, et je m'y tiens autant que possible, que de toutes les façons, j'ai envie d'être sérieuse et de faire les choses, mes fameuses choses, biens, autant que possible (bis).
De penser bien.

Il y a des grandes questions qui me travaillent, des idées, des concepts, des événements.
Et puis avant ce que j'amorce, la gestation de la chose, l'idée, comment je la nourris, la forme que ça va prendre, la gestion du temps (et de tous les autres facteurs liés au quotidien - décalage)

Je n'aime pas l'idée de tourner en rond.
J'aime explorer quelque chose à fond, en étant prudente sur les limites.
Reste la part de risque, de hasard (lié aux accidents par exemple), la différence que je fais entre "en recherche" et "ça m'a l'air fini", d'ailleurs de toutes les façons, c'est toujours en questionnement.
Parce que c'est surtout ça qui me branche, la question.

Qui dit question, dit contact.
Contact au sens regard, action, mot et j'en passe.
Monde des sens et Essence.
J'ai envie de dire Faut qu'ça crame mais pas trop.

Je peux être plus ou moins sérieuse, plus ou moins accès sur quelque chose qui vient bêtement de ma petite personne, ou du côté de quelque chose que je tiens à pointer du doigt.
L'un sans l'autre et réciproquement, c'est impossible.
Je suis dans le monde, je perçois le monde.

En général, ça s'entrecroise. Question de dosage. Pas forcément volontaire, question de perception.
J'essaye d'être bonne chimiste.

 Grand boom en moi pendant la grossesse et après, rapport au corps, à l'enfance, à la femme et donc à la mère... en questionnement.

Femme.
Des modèles, des visages, des icônes, des intellectuelles, des écrivaines, des plasticiennes... et de mères, toutes fascinantes, il y en a.
Comment trouver sa place dans ce monde là.
Comment retrouver ma place dans mon corps.

Un corps. De femme. Un monde autour. Un monde dedans.
Des codes sociaux. Un poids historique. De la vie. Des problèmes.
Une identité.

Je me retrouve à oser la performance en apprivoisant les moyens du bord, je veux performer, j'aime l'idée, j'en sens le besoin, mais l'apparition...

L'identité.

Quand j'ai fait ma petite série Aqua & Stone - Les Eaux Dormantes, je me suis dit, c'est une trace.
C'est toujours une trace.
Un tracé.
Un espace, un temps, un événement.
Loin de moi l'idée de vouloir choquer, ou plutôt si, mais dans le sens questionner.
Est ce que la manière était percutante, qu'est ce qu'on peut en dire...
C'est autre chose, pour l'instant.

Je ne veux parler que d'un sein nu.
Un sein petit.
Le corps androgyne.
La femme enfant.
L'amazone. Le sein coupé. Comme pour dire mieux la femme nourricière, aussi.
Ti femme sans chemise de La Réunion.
L'identité de ce corps.
Ce que la danse m'a façonné.
Ce que les seins ont refusé de pousser.
Ce que ça me va parfaitement comme ça, et je ne changerai pour rien au monde ça.
Ces petits seins.
Tout ce que je me sens androgyne.
Ce que l'homosexualité de mon géniteur a eu comme impact sur qui je suis.
Et sa violence aussi. Face à la femme en devenir. Au sexué féminin.
Quelque chose qui est propre à mon histoire, un homme qui aime les hommes peut être un père, un bon père.
Le mien aurait pu réduire à néant ma nature de femme.
Curieusement, je dirai que la femme en a été sublimé.
Je parle de la nature de la femme.
Mais les repères sont tellement différents de la norme sexuée.
J'ai toujours eu le sentiment d'être une curiosité.
Le regard des autres.
Tout ce que ça peut heurter, depuis le début de moi même, et avant, et dans les autres, pour les autres identités.
Tout ce que ça peut troubler de se voir regarder.
La différence.
Le sexué.
J'avais déjà le regard rivé sur l'androgyne enfant, adolescente, les Anges.
Plus loin, l'idée sûre, pleine, et rassurante, d'une unité parfaite;
le masculin/le féminin - le matériel/le spirituel/l'émotionnel - le matériel/le conceptuel
Il y a toujours eu chez moi un sentiment de manque, le manque de l'autre, le même.
Quelque chose de l'ordre de la gémellité.
Un besoin de fusion et de plénitude.
Un besoin d'atteindre cet état de plénitude, au delà de tout manque, peut être même sans l'autre.
Pour mieux se retrouver, s'y retrouver avec l'autre.
C'est au delà du corps.
C'est la perception du monde qui me semble différente, une certaine sensibilité.

Je voulais pianoter ce soir, parce qu'un bout de sein sur facebook, et j'ai été censuré.
La nudité n'est pas nécessairement à censurer.
La question c'est quand est ce que la nudité est dérangeante?

Et je vais m'arrêter là, à peine relu, avec un extrait qui tombe à pique, et d'autant plus fort que c'est un ami qui l'a partagé, plutôt androgyne dans son genre. Drôle de vie.
Lorsque ainsi il m’arrive de m’abîmer, c’est qu’il n’y a plus de place pour moi nulle part, même pas dans la mort. L’image de l’autre – à quoi je collais, de quoi je vivais – n’est plus ; tantôt c’est une catastrophe qui semble l’éloigner à jamais, tantôt c’est un bonheur excessif qui me la fait rejoindre ; de toute manière, séparé ou dissous, je ne suis recueilli nulle part ; en face, ni moi, ni toi, ni mort, plus rien à qui parler. L’abîme n’est-il qu’un anéantissement opportun ? Il ne me serait pas difficile de lire en lui un non repos, mais une émotion. Je masque mon deuil sous une fuite ; je me dilue, je m’évanouis pour échapper à cette compacité, à cet engorgement, qui fait de moi un sujet responsable : je sors : c’est l’extase.
 Roland Barthes

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